Viens voir là-bas si j'y suis avec Christine Barbe — L'AUTRE QUOTIDIEN de Gilles Daloze

 

VIENS VOIR LÀ-BAS SI J’Y SUIS AVEC CHRISTINE BARBE

ON TROUVE CHEZ CHRISTINE BARBE UNE OBSESSION DE L’INSTANT; LA VOLONTÉ DE RENDRE LISIBLE UN VÉCU, UN TOURNANT, UN ÉTAT OU UN SIMPLE CONSTAT. QU’ADVIENT-IL D’UN ÊTRE ET DE SES CHOIX SELON SA POSITION, GÉOGRAPHIQUE, SOCIALE, MORALE OU IDÉOLOGIQUE ?

La réponse pourrait être une des clés permettant de pénétrer le travail de l’artiste. Christine Barbe fait partie de cette génération d’artistes qui ont appris la gravure, en poursuivant des études d’arts plastiques, de sciences de l’art et de cinéma. Au fil de ses recherches, elle a su cerner l’environnement et les ambiguïtés des divers lieux dans lesquels elle a vécu. De ce regard extériorisé, elle s’est imprégnée de la colorimétrie locale lors de ses nombreux voyages et résidences. Barbe va ainsi réaliser des esquisses au fil des années 1980, sur lesquelles elle se basera pour créer des toiles assemblant et illustrant certains aspects grotesques des scènes vécues ou observées.

Revenue en Europe, après une décennie passée aux Etats-Unis à exposer, en alimentant un répertoire photographique qui vient dès lors se joindre à ses croquis; c’est à ce moment, en 1999, qu’elle commence l’exploration de l’outil vidéo et poursuit ainsi son observation se jouant des arrêts sur image afin de mieux révéler – grâce à ces captations de visuel en mouvement – les distorsions sociales à présent mises en scène.

Christine Barbe a su s’adapter aux nouveaux médiums, en conservant sa ligne de conduite et,  si le pinceau a été délaissé un temps, ce n’est que pour mieux revenir par la suite. On va donc retrouver dans ses plus récents travaux des extraits de plans séquences, transposés de diverses manières, alliant enfin le dessin, la peinture et la photographie qu’elle malmène comme s’il s’agissait d’une tentative d’atteindre l’authenticité dans l’ébauche, de se jouer du vécu et du paraître.

Christine Barbe saisit un espace en transition qui semble figé dans le temps. Les chantiers sont abandonnés, seules les traces résistent : un escalier en béton, un fragment de chemin de fer, un godet métallique échoué sur la terre, une architecture décharnée. En creux, l’artiste interroge l’espace naturel même. Les forêts aux alentours de son atelier ont fait l’objet de plantations et d’abattages successifs, de percées, elles sont aussi le résultat de constructions humaines.

Alors, le média-mix en usage fait l’effet d’une sorte d’effacement de la réalité, qui est tellement multipliée dans sa présence et ses traces qu’elle en devient totalement diffuse et fragmentée, voire multiple et désincarnée/désinformée. Sommes-nous devant un réalisme fantomatique à l’œuvre, ou bien ? Bienvenue dans un monde qui ne se donne plus pour ce qu’il était/est, mais simple jeu de manifestations de l’illusoire. Bonjour chez vous ! 

Gilles Dalose le 25/01/18

Christine Barbe Là-bas — Down There  10/03/18

Galerie Eric Mouchet 45, rue Jacob  75006 Paris